Pas besoin de connaître les détails d’un viol

Dès qu’on commence à évoquer un viol, les interrogatoires sont de sortie, immédiatement. Un ami, dont le frère a été violé, m’a raconté que leur père, apprenant la nouvelle, a déclaré, face à son fils en larmes : « j’exige de connaître les détails ». Et combien de fois, moi-même, j’ai entendu : « mais que s’est-il passé, exactement ? ». Parfois cela vient d’un mec, qui, dans sa tête, est en train de checker si la scène ressemble à ce qu’il a lui-même fait, et qui se met en quête de pousser la limite de ce qu’est un viol vers quelque chose de plus extraordinaire, ou de plus spectaculaire, pour se dédouaner. Parfois cela vient de curieux, un peu fascinés.

Mais déjà, une victime de viol n’a peut-être pas envie de revivre la scène en la racontant à qui veut, déjà que si elle engage une procédure judiciaire, elle aura à le faire à répétition, face à des policiers et des médecins qui souvent, ne sont pas formés sur ces questions, qui peut-être vont hausser les sourcils, comme si on ne doutait pas déjà assez, poser des questions telles que « mais pourquoi vous n’avez pas crié », comme si on ne culpabilisait pas déjà assez. Il y a le viol, et après il y a les réactions, qui viennent en remettre une couche, t’enfoncer encore plus, non seulement tu te dis déjà que tu es une merde d’avoir été violé.e, mais en plus on te le répète, histoire d’être bien sûr que le message rentre. Raconter son histoire, ça peut faire du bien, ça peut faire du mal, on ne sait pas à l’avance qui sera un.e bon.ne confident.e, on a des bonnes surprises et des mauvaises surprises. Ce qui est sûr, c’est que personne n’a à enjoindre une victime de viol de raconter son histoire, « et en détails, s’il-vous-plaît ».

Et puis il n’y a pas besoin, en fait, de savoir si c’était le pied, la main, la bite; dans la chatte, l’anus, la bouche; dans quelle position. On s’en fiche, vraiment.

Lectures de l’été

Parce que les billets de blog c’est bien, mais que certains bouquins apportent une analyse bien plus approfondie qu’un article de blog, j’ai pas mal lu cet été et voici une présentation de ces livres.


Le féminisme face aux dilemmes juifs contemporains, sous la direction de Nelly Las, 2013

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Co-écrit par dix-neuf auteurices et assez court (150 pages), le livre aborde les liens entre judéité/judaïsme et féminisme. Il est divisé en cinq chapitres, sous-divisés en parties, chacune écrite par un.e auteurice différent.e. Le livre a donc le mérite d’apporter des sons de cloche assez différents, mais ça le rend aussi très inégal (certaines parties valent vraiment le coup d’être lues, d’autres, heu, moins, avec surtout une défense de DSK écrite par Finkielkraut dont je ne comprends pas comment elle a pu se retrouver là).
Il apporte des informations très intéressantes sur l’histoire de l’antisémitisme, dans un chapitre de Nelly Las, historienne :

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Du coup, ça m’a donné envie de lire Les Juifs à la fin du Moyen Âge dans l’Europe méditerranéenne, qui est cité en bas-de-page. La thèse d’Houria Bouteldja, qui est de plus en plus répandue dans certains milieux antiracistes, consiste à expliquer le génocide des juifs comme un retournement contre les blancs de pratiques colonialistes, et à dater l’origine des temps du racisme en 1492 (« c’est donc l’Européen post-1492 qui a inventé « l’homme blanc » »). Ça fait donc du bien d’avoir quelques rappels comme celui sur l’ordonnance de Castille de 1412 qui montre qu’on ne peut pas couper l’antisémitisme nazi, ni d’un très long passé, ni de thèmes actuels de l’antisémitisme (avec l’obsession toujours bien installée de l’invisibilité des juifs).

Parmi les cinq chapitres du livre, mon préféré fait intervenir des autrices religieuses (juives, chrétiennes, musulmanes) sur le thème religion & féminisme.

Dounia Bouzar y écrit notamment que :

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Quant à Janine Elkouby, elle écrit dans sa partie sur le judaïsme et le féminisme un paragraphe très percutant :

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Enfin, le dernier chapitre présente les féministes juives du mouvement des années 70, qui avaient ressenti le besoin de se regrouper entre femmes juives, ce dont on n’entend pas souvent parler.


Ne suis-je pas une femme ? de bell hooks, 1981

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C’est un classique et on comprend pourquoi, tout récemment traduit en français et préfacé par Amandine Gay qui fait le lien avec les mouvements afroféministes en France. Il est très bien écrit, très accessible, très riche en informations et en explications éclairantes sur les féminités noires et blanches et les masculinités noires et blanches dans un contexte d’exploitation (pendant l’esclavage et après l’abolition), les mouvements féministes blancs et noirs, l’enjeu du racisme au sein des mouvements féministes blancs, etc. Il faudrait tout citer car elle fait un travail de décortiquage particulièrement clair, mais en voici une page, par exemple :

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Il contient aussi des témoignages de femmes esclaves particulièrement durs à lire.

Un seul point m’a fait tiquer dans le livre : elle cite des féministes juives des années 1970 comme des féministes blanches (c’est leur nom qui m’a fait vérifier qu’elles étaient juives). Cela alors que les féministes juives avaient formé des groupes à part dans le féminisme, celui-ci pouvant être antisémite comme négrophobe — ce qui ne change en aucun cas le racisme dont elles ont fait preuve vis-à-vis des femmes noires, toujours est-il qu’elles ne sont pas blanches.


Le sionisme du point de vue de ses victimes juives, d’Ella Shohat, 1986

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Iraqienne-israélienne travaillant aux États-Unis, Ella Shohat parle ici de la condition des juifs mizrahim au cours de l’histoire d’Israël. Le livre contient beaucoup d’informations intéressantes, mais il est plus descriptif qu’explicatif, et s’il donne une bonne idée du statut des juifs arabes en Israël, il comporte un certain nombre d’assertions qui demeurent assez floues. Il se donne l’ambition de dépasser des dichotomies telles que ashkénaze/mizrahim, c’est pourtant ce qui est renforcé tout au long du livre. Alors bien sûr, c’est compliqué, parce que ce n’est pas la même chose de parler d’ashkénaze à l’intérieur et à l’extérieur d’Israël, avant la fondation de l’État d’Israël et après, etc. La société israélienne est très hiérarchique, privilégiant les ashkénazes par rapport aux misrahim, et il importe d’en parler. Mais j’ai l’impression qu’elle rapporte parfois certains tropes antisémites sur les ashkénazes. Elle parle, par exemple, du yiddish comme « la langue de l’oppresseur, tenu en grande estime et subventionné », je ne pense pas que ça soit si pertinent : le yiddish a beaucoup souffert de l’holocauste, mais il a aussi beaucoup souffert de la politique d’Israël en ce qui concerne les langues, étouffant toutes les judéo-langues au profit de l’hébreu moderne naissant. Donc même s’il y a un regain pour conserver le yiddish, aujourd’hui subventionné, et recevant un meilleur traitement que le judéo-arabe, ça n’en fait pas une langue de la domination. De plus, une bonne partie du regain d’intérêt pour le yiddish est porté par des orthodoxes qui sont une voix d’opposition contre le gouvernement. (C’est juste un exemple.)


Letter to my daughter, Maya Angelou, 2009

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Celui-là n’est pas un essai politique mais un livre assez inclassable, parfois spirituel, parfois politique, parfois drôle et inspirant, qui raconte des anecdotes de sa vie : grandir en temps que femme noire dans les USA racistes, élever un garçon noir dans un tel contexte, mais aussi des histoires plus légères et amusantes, dont elle a tirés des leçons qu’elle transmet.

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« Assurez-vous de ne pas mourir sans avoir fait quelque chose de merveilleux pour l’humanité.
J’ai donné naissance à un fils, mais j’ai des milliers de filles. Vous êtes noires et blanches, juives et musulmanes, asiatiques, hispanophones, natives-américaines, aléoutes. Vous êtes grosses et minces et jolies et ordinaires, lesbiennes et hétéros, cultivées et illetrées, et je vous parle à toutes. Voici mon offrande pour vous. »


 Dans la langue de personne, poésie yiddish de l’anéantissement, de Rachel Ertel, 1999

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Quelle est l’oreille qui entend encore

ce que les lèvres n’énoncent pas ?

                                    L. Aichenrand

Cette fois encore, politique sans être un essai politique mais par son thème, la poésie de l’anéantissement. Rachel Ertel a une plume magnifique et a fait un énorme travail de recherche, de traduction et d’explications de poésie yiddish.


Voilà les lectures de l’été; n’hésitez pas à commenter si vous êtes d’accord, pas d’accord, si vous avez des questions, etc !

Ouverture d’une page facebook

J’ouvre une page facebook, pour partager mes articles, pour des réflexions que j’ai envie d’exprimer, mais flemme de faire un article sur le sujet; pour des commentaires sur l’actualité, pour des partages de liens intéressants… pour rappel, je suis bie, ashkénaze, malade mentale, femme; en conséquence de quoi, la biphobie, l’antisémitisme, la psychophobie et le sexisme sont les sujets sur lesquels je suis le plus bavarde. Je suis aussi végane (je sais pas si je mérite mon label, franchement, j’ai un peu honte du nombre d’exceptions que je fais, mais en tout cas, je cause droits des animaux). Précarité & capitalisme sont à prévoir également, ainsi que des partages sur tous les racismes.

Ça se passe ici !

« Juif athée = racialisme »

C’est une chose que j’entends beaucoup et qui a été taguée récemment : « juif athée = racialisme ». Coucou, on parle de moâ; mais pas seulement, à la vérité. En effet, ces trois mots révèlent une quantité dense de racisme, envers les juif.ve.s comme envers les autres racisé.e.s.

Pour les personnes qui auraient manqué un épisode, le racialisme (j’en étais restée à « racialisation », mais dans le contexte, c’est bien ce dont il est question) est un terme dénigrant le fait d’aborder la question raciale, et notamment celui d’analyser la domination des blanc.he.s sur les racisé.e.s. Nommer ainsi ces catégories serait en soi valider leur existence; mais ce raisonnement fait abstraction du fait que ces catégories existent bel et bien. Si l’on ne définit pas quel.le.s sont les acteurices impliqué.e.s dans les rapports de domination sociale, comment les analyser ?

« Le blanc a dit : « parler de race, c’est raciste ». »

Auteurice inconnu.e qui a parfaitement résumé le problème.


Ainsi donc, le concept d’une judéité athée/agnostique dérange particulièrement pour diverses raisons (je ne prétends pas à l’exhaustivité) :

– la judéité est habituellement réduite à une religion, comme si l’antisémitisme n’existait pas, n’était pas un vrai truc, pas assez pour définir des juif.ve.s en tout cas
– reconnaître la judéité au-delà de la religion prendrait en défaut un ressort de l’argumentation antisémite actuelle : n’osant plus parler frontalement de race juive, celle-ci se cache derrière une essentialisation du judaïsme. Ainsi, si les juif.ve.s sont de sournois.es parasites, ce n’est plus tant à cause de leur hérédité, mais du fait de la lecture du Talmud qui pourrit leur tête depuis la plus tendre enfance en leur transmettant une culture du sabotage. Loin de s’opposer à un racisme biologique, la réduction de la judéité à un dogme fantasmé permet la résurgence de toutes les vieilles rengaines antisémites. D’autant plus que le dénigrement des religions est valorisé socialement, car considéré comme une victoire de la Raison face à l’obscurantisme.

Au final, le fait de ne reconnaître comme juif.ve.s que les pratiquant.e.s du judaïsme révèle une analyse réductrice de la situation de tou.te.s les juif.ve.s, athées ou pas. La négation de l’existence des juif.ve.s athées/agnostiques s’articule avec la négation de l’oppression subie par les minorités religieuses (et/ou culturelles). On retrouve des mécanismes de pensée qui définissent un Autre, uniforme et entièrement déterminé par ses différences avec le groupe dominant. C’est en cela que ce tag me paraît non seulement erroné, mais surtout néfaste pour l’ensemble des juif.ve.s et même pour d’autres groupes opprimés à travers leur religion, eux aussi fantasmés — l’article de João Gabriell sur l’essentialisation des musulman.e.s, que je vous invite chaudement à lire, détaille davantage l’impact et les formes de ce schéma de pensée.

Par ailleurs, les « anti-racialistes » considèrent que dénommer spécifiquement les différents groupes sociaux (blanc.he.s, noir.e.s, arabes, juif.ve.s, rroms, et d’autres) équivaut à faire la promotion d’un racisme biologique. J’ai développé ci-dessus des raisons pour lesquelles la catégorie de « juif.ve athée » était particulièrement rejetée; néanmoins, je pense qu’il y a davantage à gratter de ce côté-ci également. Je m’interroge sur ce rejet des dénominations qui est à géométrie variable, ce qui constitue un véritable paradoxe, puisque cela sous-entend que certaines catégories existent quand-même-un-peu-au-fond.

Dans un imaginaire raciste où les juif.ve.s sont par défaut blanc.he.s, le fait qu’il semble plus choquant qu’iels puissent former une race sociale révèle par contraste des relents de racisme biologique (paradoxalement) envers les non-blanc.he.s. On retombe d’ailleurs quelque part sur un double standard, partagé plutôt à l’échelle bien plus large de la société, selon lequel ces catégories n’existent pas, ne devraient pas exister; et en même temps, les stéréotypes perdurent. C’est ainsi que les arabes seraient racistes de par leur communautarisme, mais ils restent de sacrés bons boucs émissaires quand besoin est (finalement ils existent, les arabes, quand on veut désigner les responsables du sexisme en France, et en dédouaner les blanc.he.s sans les nommer).

Enfin, il est vrai que la judéité a ceci de spécifique qu’elle ne se reconnaît pas au premier abord et cela peut être pertinent à relever dans certaines circonstances (par exemple pour les contrôles au faciès). Cependant, la focalisation sur cette différence me paraît problématique, par contraste avec les autres racisé.e.s comme je l’ai dit plus haut, mais aussi envers les juif.ve.s. En effet, cette « invisibilité » des juif.ve.s a justement été intégrée comme élément du fantasme antisémite de contamination dissimulée et omniprésente de la société.


Pour résumer, la crispation autour de l’expression de « juif.ve athée » et ces accusations de « racialisme » me semblent mettre en exergue, en plus d’une imagerie antisémite, un énorme paradoxe entre le refus de l’existence de rapports de domination entre des groupes sociaux, et la naturalisation implicite de certains de ces groupes.


Merci beaucoup à Pascal, Émy et Arrakis.

Arrêtez d’utiliser l’antisémitisme et les juif.ve.s, merci.

Article écrit d’une traite suite à la marche de la dignité et à des discussions ayant lieu à ce sujet, où je me trouve, en tant que juive qui parle d’antisémitisme, prise à parti de tous côtés.


Avant la marche

Voici l’appel de la marche de la dignité, dans lequel sont nommées trois formes de racisme en France : « islamophobie, négrophobie, rromophobie », qui seraient les racismes les plus structurels. Le choix sera donc fait d’axer la marche sur les violences policières, particulièrement emblématiques de la violence d’État envers les maghrébin.e.s, les afro-descendant.e.s, les rroms, comme l’explique Houria Bouteldja dans cette interview.

Et là, je me sens déjà un peu le cul entre deux chaises. Moi, avec ma gueule de cachet d’aspirine, la police ne m’a jamais contrôlée. Mon avis importe donc peu à ce sujet, mais je soutiens à 100% tout ce qui dénonce le harcèlement policier raciste (qui vise également les asiatiques ou identifié.e.s asiatiques, oublié.e.s de cet appel). Je vais volontiers soutenir une marche contre l’islamophobie. Mais là, il s’agit de quelque chose qui se veut plus général. Il s’agit de réagir à l’ensemble des racismes en France. Or, je n’ai plus très envie d’aller à une marche contre « tous les racismes d’État » (sous-entendu : les vrais racismes) en tant qu’alliée. Étant plutôt dans une démarche de dénonciation de l’antisémitisme que nous, juives et juifs, subissons, j’aimerais voir la lutte contre l’antisémitisme intégrée aux autres. C’est une marche dont on a dit qu’elle allait donner un nouvel élan unificateur aux luttes antiracistes et je rejoins l’analyse de JJR sur l’absence totale de mention de l’antisémitisme. Certes, l’État n’entretient plus l’antisémitisme comme il l’a fait dans un passé pas si lointain; mais d’une part, il le fait tout de même, de manière plus subtile, d’autre part, ce n’est pas parce que l’État semble combattre une oppression que celle-ci en perd son caractère structurel. Comme l’article de JJR l’explique, une analyse des différentes formes de racisme en France ne peut pas écarter l’antisémitisme sans être lacunaire.

Bref, qu’il y existe des unions entre certaines luttes particulièrement, du fait, par exemple, que les arabes, les rroms et les afro-descendant.e.s ont un combat commun, ne me semble pas insensé du tout — au contraire. Le racisme recouvre une diversité de réalités différentes et il faut pouvoir parler des spécificités de l’islamophobie, de la négrophobie, de l’antisémitisme, et de toutes les formes de racismes (ce qui n’inclut pas le « racisme anti-blancs », merci !). Ça peut vouloir dire qu’on va se focaliser parfois sur ce qui touche surtout les noir.e.s et les arabes, et pas spécifiquement les juif.ve.s blanc.he.s… tant qu’il n’est pas dit que ce sont les seules formes de racisme, ou les seules à être structurelles dans notre société, s’il est clairement assumé que ça n’est pas exhaustif, ça ne me pose pas de problème.

Alors, ça a gêné, comme marche. On a vu fleurir des textes dénonçant la « racialisation du paysage antiraciste français », comme celui-là, détaillant à quel point il serait malvenu de parler de race (ou alors avec vraiment beaucoup beaucoup de guillemets, visiblement). J’ai vraiment essayé de comprendre s’il y avait quelque chose qui m’avait échappé dans toute cette analyse de la « racialisation », mais non, vraiment, c’est toujours la même rengaine refusant de voir que la France est un pays raciste et qu’à ce titre, il y a en France des blancs (sans guillemet) et des racisé.e.s (toujours sans guillemet). Racisé.e.s parmi lesquel.le.s tou.te.s ne se font pas renvoyer aux mêmes violences, aux mêmes préjugés, aux mêmes difficultés, et qu’à ce titre, il y a même des noir.e.s, des arabes, des juif.ve.s, des rroms, des – identifié.e.s – asiatiques, des métis.ses. Racialisatioooooon, ou une énième manière d’empêcher de mener une analyse approfondie des différentes formes de racisme et de continuer à se rouler dans son privilège blanc. Heu, pardon, « « privilège » « blanc »  » !


Après la marche ah pardon, on m’informe que c’est toujours AVANT la marche

Une journaliste, bien inspirée, tweete qu’une marche antisémite a eu lieu. Problème : c’est avant la marche.

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Autrement dit, nous, les juif.ve.s, sommes utilisé.e.s pour des motifs racistes visant à défendre le pouvoir en place… dégueulasse envers les autres racisé.e.s, mais aussi envers nous.


Après la marche, pour de vrai, cette fois

Les détracteurices de la marche qui ont sagement attendu que la flèche du temps atteigne le jour J ont continué à parler d’antisémitisme, d’une façon qui se rapproche davantage du réflexe que de la réflexion…

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Sachez donc, chères personnes qui empêchez les musulman.e.s de parler d’islamophobie au nom de la défense des juif.ve.s, que je vous emmerde de tout mon coeur.

Un tel usage de l’antisémitisme est à combattre mais cela ne signifie pas que l’antisémitisme n’existe pas pour de vrai. Les milieux antiracistes où je traîne ont une fâcheuse tendance à l’oublier. Par exemple, voici un article antiraciste sur la marche que je trouve super à plein d’aspects, mais les trois fois où il cite « antisémitisme » c’est en tant qu’attaque injustifiée. À sa lecture, on a l’impression que parler d’antisémitisme ne peut être que du troll raciste. La seule fois où il parle des juifs, c’est pour dire qu’il y en avait à la marche et que donc celle-ci ne saurait être antisémite… c’est plus compliqué que cela, malheureusement.

Il y a des problèmes d’antisémitisme dans toutes les couches de la société française, y compris à l’extrême-gauche, et y compris dans les milieux antiracistes. Je ne suis pas la plus grande fan du PIR et de son philosémitisme d’État. Je regrette l’absence de mention de l’antisémitisme dans l’appel. J’ai été à la marche, et assisté à des marques d’antisémitisme. Mais je trouve insupportable qu’il soit impossible d’en parler sans se faire récupérer par des journalistes et personnalités racistes. L’antisémitisme existe, pas plus chez les antiracistes qu’ailleurs; et si tout ce que vous êtes capables de dire sur la marche, c’est racialisation-antisémitisme… vous n’êtes pas mes allié.e.s, alors arrêtez de parler en mon nom. Il me paraît très ardu de parler d’antisémitisme au sein des milieux antiracistes également. On veut bien mettre en avant qu’il y avait des juif.ve.s à la marche pour se défendre face à des accusations d’antisémitisme, mais écouter et prendre en compte ce qu’iels ont à dire, c’est une autre histoire, apparemment. On me dit qu’il y en a marre de ce débat. Qu’il y en ait marre des fausses accusations d’antisémitisme, je suis parfaitement d’accord. Mais je suis juive et désolée, je vais continuer à ramener ce « débat » sur la table. Je n’ai pas envie de juste servir de caution juive, de me désolidariser cent cinquante fois d’Israël et de la LDJ et de me la fermer sur le reste. Le demander aux juif.ve.s, ce qui est en pratique couramment fait dans les milieux d’extrême-gauche antiracistes, c’est antisémite.

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Entre des gens qui seraient bien incapables de fournir une analyse de l’antisémitisme mais qui sont prompts à en voir partout, surtout chez les arabes et les soutiens aux Palestinien.ne.s, en nous utilisant contre elleux, et des antiracistes qui profitent de notre présence pour se dédouaner sans avoir la moindre intention de prêter une réelle attention à l’antisémitisme, la parole juive antiraciste est complètement volée de part et d’autre, et  au final silenciée.


Merci à Émy pour sa relecture.