FAQ féministe

Petite FAQ féministe perso. Je ne répondrai qu’aux questions intelligentes (ou plutôt, je ne répondrai pas aux « arguments » type « les féministes sont des hystériques mal-baisées poilues muarf lol »).

1. Qu’est-ce que le féminisme ?

Le féminisme est un mouvement de lutte pour les droits des femmes, dans le but d’aboutir à une société où les femmes et les hommes soient égaux : aient les mêmes droits, les mêmes possibilités en pratique, ne soient pas jugé.e.s différemment, etc.

En fait, il serait peut-être plus correct de parler de féminismes au pluriel, car les différents courants sont très variés.

2. On peut dire « antisexisme » alors, plutôt ? Je préfère car je trouve que le féminisme est un mot sexiste en soi, au même titre que le masculinisme.

On peut dire antisexisme oui, c’est un synonyme de féminisme, aux nuances près qui font que justement on va préférer employer l’un ou l’autre. Pourquoi préférer le mot féminisme ?

– Parce qu’il met l’accent sur le fait qu’on est dans un système qui privilégie les hommes par rapport aux femmes, et que le féminisme est très majoritairement un combat pour les droits des femmes.

– Aussi par solidarité avec les féministes qui nous ont précédées : à titre personnel, je trouve que le féminisme est un très beau mot, qui désigne un combat qui vise à libérer la moitié de l’humanité, les féministes qui se sont battues avant nous ont fait un travail incroyable et je leur en suis très reconnaissante. Pourquoi renier ce mot qu’ont employé les femmes qui se sont battues pour le droit de vote, pour le droit à l’avortement, pour l’égalité salariale, pour l’accession des femmes aux mêmes postes que les hommes, pour être considérées comme des êtres humains à part entière ?

Le masculinisme est un mouvement réactionnaire, antiféministe, qui vise à conserver des schémas archaïques : il n’est en aucun cas le symétrique du féminisme. La situation actuelle étant si déséquilibrée, les inégalités femmes-hommes étant encore si prégnantes, il n’est pas du tout symétrique de promouvoir les droits et intérêts des femmes et ceux des hommes.

3. Moi je ne trouve pas ça évident que le système actuel privilégie tellement les hommes par rapport aux femmes. Ça dépend des situations : parfois les femmes sont avantagées.

Des situations comme quoi ?

Si c’est la garde des enfants en cas de divorce, c’est vrai que les femmes l’obtiennent bien plus souvent que les hommes. Mais très souvent (dans 82% des cas), c’est un choix commun : les femmes s’occupaient plus des enfants durant le mariage, elles continuent après. La même enquête montre que même en cas de désaccord, il n’y a pas de biais « promaternel », ce sont les circonstances qui font que les juges confient la garde à la mère (elles s’occupaient plus de leurs enfants pendant le mariage, elles ont adapté leurs horaires de boulot pour cela, etc). Bref, si les pères veulent passer du temps avec leurs enfants, il ne tient qu’à eux de le faire.

Si c’est la galanterie, ce n’est pas un privilège féminin. La galanterie est une vaste arnaque qui ne coûte pas grand-chose aux hommes (tenir la porte, laisser passer devant) et qui permet de brouiller les choses et de faire accepter des inégalités vraiment graves en échange (« oui il est beaucoup mieux payé que moi, je fais beaucoup plus de tâches ménagères, mais il me tient la porte et m’invite au restaurant, donc j’imagine que ça va… »).

Pour s’assurer qu’on est bien dans un système qui discrimine les femmes, on peut noter les choses suivantes :

– 96% des auteurs de viol sont des hommes et 91% des victimes sont des femmes

– les hommes touchent en moyenne un revenu 31% supérieur à celui des femmes (en prenant en compte le fait que les femmes sont plus touchées par le chômage, les boulots précaires, les temps partiels, ont moins de postes de pouvoir, etc)

– Toutes les femmes que je connais ont des anecdotes de harcèlement de rue. Cet article d’Antisexisme présente plusieurs statistiques de harcèlement sexuel et les conséquences néfastes que le male gaze (regard masculin) entraîne chez les femmes.

Toujours Antisexisme. En résumé, toutes les études montrent que les hommes ont plus tendance à occuper l’espace (l’espace physique, comme le montre ce tumblr, mais aussi l’espace de parole : eh oui, contrairement au mythe, les hommes parlent plus que les femmes, coupent davantage la parole que les femmes, coupent davantage la parole aux femmes qu’à d’autres hommes; ils expriment également davantage leur colère, ce qui est une forme d’occupation de l’espace).

4. Il y a autant de clichés masculins que féminins; il y a certes de fortes pressions sur les femmes pour qu’elles soient des « vraies femmes », mais il y a aussi de fortes pressions sur les hommes pour ne pas pleurer, correspondre à un modèle de virilité.

C’est tout à fait vrai !

Le féminisme se bat également pour cela : pas de pression sur les petites filles pour qu’elles soient jolies et jouent à la poupée, pas de pression sur les petits garçons pour qu’ils soient forts et sportifs et ne pleurent pas. Ce ne sont certainement pas les féministes qui iraient faire chier un homme parce qu’il a choisi de rester à la maison élever ses enfants.

On peut toutefois noter que ces pressions ne tombent pas du ciel et ne sont pas anodines : si les femmes se conforment à toutes ces pressions, si elles sont minces et jolies et féminines, elles ne reçoivent aucun bénéfice particulier, mis à part une certaine valorisation (jusqu’à ce qu’elles soient trop vieilles). Tandis que les hommes, s’ils risquent d’être assimilés au groupe des dominées, lorsqu’ils ressemblent trop à des « tapettes », « gonzesses », ont au moins des bénéfices s’ils se conforment au modèle de virilité. D’autre part, les pressions sur les femmes, pour qu’elles soient dans le soin, l’empathie, l’écoute, en font des meilleurs dominées et victimes en cas de violences conjugales, viols. À l’inverse, si les pressions masculines peuvent être étouffantes, je l’admets volontiers, il est important de noter qu’ils apprennent à faire respecter leurs limites, et à être moins attentifs aux limites des autres, ce qui sont des caractéristiques de dominants.

5. « Dominant », « privilégié », c’est une insulte ?

Non. Je ne pense pas qu’il faille avoir honte de ses privilèges. On ne choisit pas plus d’être un homme que d’être une femme. Mais il est important de reconnaître qu’on est favorisé (c’est la première étape pour lutter contre les injustices).

De même, il n’est pas forcément agréable pour les femmes de se dire qu’on est les victimes de quelque chose, contrairement à ce que pensent pas mal de types qui reprochent aux féministes de « victimiser les femmes ». Les femmes sont les victimes d’un système injuste, c’est tout.

6. Qu’est-ce que c’est que la culture du viol ?

C’est une expression pour désigner tout ce qui, dans notre culture, explique que les viols soient si fréquents et le sujet si mal traité. Il est difficile d’établir des statistiques (peu de victimes portent plainte), mais on en serait à 75 000 viols par an en France (pour rappel : 96% des violeurs sont des hommes et 91% des victimes sont des femmes). Ça mériterait une FAQ à part entière, ou par exemple cet article de crêpe Georgette.

7. Qu’est-ce que le genre ou les études de genre ?

Le sexe d’une personne, c’est s’iel a un pénis et une prostate ou une vulve et un vagin. Plus quelques autres caractéristiques sexuelles secondaires. (À noter qu’un petit pourcentage de personnes naît avec un sexe ni masculin ni féminin, et que parmi les caractéristiques sexuelles secondaires, beaucoup sont plus poreuses qu’on ne croit. Par exemple, les femmes qui ont de la pilosité faciale sont moins rares qu’on ne le croit, mais elles s’épilent en général.)

Mais cela n’explique pas vraiment pourquoi la moitié de l’humanité serait plus littéraire, plus douce, plus bavarde, plus maternelle, et l’autre plus scientifique, plus taciturne et plus directe. Cela a à voir avec le genre des individus, c’est-à-dire les caractéristiques autres que biologiques apposées aux hommes et aux femmes.

Les études de genre sont un champ de recherche (qui s’appuie sur des domaines variés, allant de la sociologie à l’histoire, en passant par la politique, l’anthropologie, la psychologie et j’en passe) qui étudient comment les genres sont identifiés aux sexes, ce qui varie quand on change d’époque ou de pays, pourquoi les différences genrées nous paraissent aussi naturelles, ce qui relève du sexe et ce qui relève du genre. Pour certaines choses (rose pour les filles, bleu pour les garçons par exemple), c’est évident qu’il s’agit d’une pure construction sociale qui ne repose sur rien de biologique, pour d’autres, comme la différence de force physique entre les hommes et les femmes, ce qui relève de la biologie et de qui relève du social n’est pas évident. En effet, on a tendance à penser que c’est purement biologique et à oublier que les petits garçons sont poussés à faire bien plus de sport que les petites filles, ou que les adolescentes sont poussées à faire des régimes affamant lors de la poussée de croissance et du développement du corps, que les femmes « trop » musclées sont sévèrement critiquées (« pouah c’est moche »…) à l’inverse des hommes très musclés qui sont valorisés, ce qui a au final un impact sur les corps des femmes et des hommes.

8. Quel est le lien entre les questions LGBT et le féminisme ?

Il y a un très fort lien entre le sexisme et les discriminations que subissent les LGBT. C’est entre autres parce que le schéma patriarcal entretient des clichés sexistes et binaires : femme/douceur/maternité/littéraire/pipelette et homme/force/autorité/scientifique/taciturne (et les deux sont complémentaires) que toutes celles et ceux qui sortent du schéma « cis et hétéro » (cis ça veut dire que son genre est le même que son sexe, par opposition à trans) s’en prennent plein la tronche. Souvent, les homosexuels et lesbiennes se voient demander « c’est qui qui fait la femme et qui qui fait l’homme ? » comme s’il fallait nécessairement chercher à reproduire cette binarité.

À titre personnel, c’est le féminisme qui m’a fait m’intéresser aux questions LGBT et je suis totalement solidaire de leurs combats et revendications (à l’exception de la GPA par crainte de voir les femmes les plus pauvres encore plus exploitées). J’en avais déjà parlé dans les articles sur la manif pour tous.

Voici un lien sur la transphobie dans l’Union Européenne, et le rapport 2014 de SOS-homophobie (qui traite aussi de biphobie et de transphobie).

9. Il y a vraiment besoin d’un mot en -phobie à chaque fois ?

Oui, parce que nommer un problème est la première étape pour l’analyser et le combattre, et que chacun de ces problèmes (sexisme, homophobie, lesbophobie, transphobie, biphobie, etc) a ses propres caractéristiques (même si on retrouve beaucoup de choses en commun). Par exemple, les bisexuel.le.s ne subissent pas « juste » de l’homophobie ou de la lesbophobie; il y a cette idée « qu’on ne peut pas être vraiment bi », « que c’est juste qu’iels ne savent pas choisir », ou les femmes bis peuvent être particulièrement sexualisées et se faire aborder par un couple juste pour un plan à 3 (où, souvent, le type est le seul à en avoir vraiment envie).

10. Pourquoi les féministes passent du temps sur la langue (à se battre contre le « mademoiselle » ou contre le masculin universel) ?

La langue et la pensée sont très liés. Les mots, les phrases, les expressions génèrent des idées. Il y a une sorte de jeu de ping-pong entre les mots et les concepts : on traduit des concepts en mots, qui génèrent de nouveaux concepts.

Ce n’est pas surprenant qu’on apprenne que « le masculin l’emporte » (rappel : à la base, c’était « le genre le plus noble l’emporte », et puis on s’est rendu compte que c’était un peu gros de désigner le masculin par « genre le plus noble », mais le principe est resté). Le masculin l’emporte effectivement, et c’est tout le problème. Quand un homme est officiellement « monsieur » depuis sa naissance, mais qu’une femme doive se marier pour accéder au statut équivalent de « madame », c’est significatif. Quand on parle « des hommes » pour « les hommes et les femmes », ou « des chercheurs » pour « les chercheuses et les chercheurs », on invibilise les femmes dans la langue et aussi dans la pensée.

C’est pourquoi, pour éviter d’alourdir le texte, j’emploie « iel » pour « il ou elle », « quelqu’un.e » pour « quelqu’un », « un.e étudiant.e » pour « une étudiante ou un étudiant », « celleux » pour « celles et ceux », etc.

11. Le sexisme n’est-il pas pire ailleurs ?

C’est vrai qu’en France on a de la chance par rapport à la moyenne mondiale (si ça a du sens de parler de moyenne mondiale). Mais on a encore beaucoup à faire, comme je l’ai expliqué plus haut. D’autre part, il faut être extrêmement vigilant.e, quand on critique un autre pays, de ne pas faire dans une sorte de racisme/nationalisme/post-colonialisme (les autres cultures sont inférieures, barbares, etc). C’est très souvent ce qu’il se passe, notamment quand des Français.e.s disent de se focaliser plutôt sur le sexisme des pays arabes. C’est aux féministes de chaque pays de décider comment la lutte féministe doit être menée, elles sont les mieux placées. Nous, on peut leur apporter notre soutien, par exemple en relayant leurs actions, mais pas parler à leur place.

 

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Une réponse

  1. Concernant la question 10, en allemand, c’est la troisième personne du pluriel est forcément « sie », comme la troisième personne du singulier féminin. « Fräulein » (traduction de mademoiselle) est également désuet au même titre que damoiseau (et introuvable sur les papiers administratifs). Pour autant, ce n’est pas un pays moins patriarcal que la France à mon sens… (bien que je soutienne le fait que « mademoiselle » ne devrait plus apparaître sur les formulaires) D’autant plus que « il », pour autant que je sache, n’est pas un pronom masculin mais non marqué tandis que « elle » est un pronom marqué (on accorde en ajoutant un -e ; donc « il » serait aussi le neutre). Au fond, ce qui est tordu dans l’histoire, c’est qu’on enseigne la langue française en genrant d’entrée de jeu les pronoms, vous ne trouvez pas ? Cela pose problème aux personnes non-binaires qui n’ont alors plus de pronoms pour se désigner.

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