« Normale »

Ce témoignage n’est pas de moi, il m’a été parvenu afin que je le publie anonymement.


En novembre 2014, je me suis inscrite sur le site de rencontres OKCupid uniquement pour voir ce fameux questionnaire dont mes ami-e-s me parlaient et sans franchement souhaiter faire des rencontres. Je ne m’attendais pas du tout à être assaillie de messages, surtout avant même d’avoir posté une photo……

J’ai fait quelques rencontres dont deux vraiment intéressantes et une qui a débouché sur une relation romantique à laquelle il a mis fin, me plongeant dans la seconde phase dépressive la plus violente que j’ai connue. Mais c’est une autre histoire.

Entre temps, j’ai lu un article sur l’asexualité (celui-ci : Introduction à l’’asexualité). Et ce fut une révélation pour moi.
Après des années d’errance, après des années à avoir accepté des relations sexuelles pour être « normale », pour être aimée, pour faire plaisir à mon copain, pour avoir quelque chose à raconter à mes copines…… mais surtout, surtout : pour être « normale », j’ai enfin compris que j’avais perdu mon temps, que je me suis forcée pour rien, que je ne m’étais pas écoutée, que je m’étais niée.

Mais d’autres questions sont arrivées peu après. Ne vais-je pas un peu vite en besogne ? Suis-je vraiment asexuelle ? Après tout, il m’est arrivé d’être à l’origine de relations sexuelles, de les provoquer…… Et puis j’ai été attirée physiquement par un mec une fois ! Est-ce que ça change quelque chose ? Est-ce que ça ne fait pas plutôt de moi une demi-sexuelle ?

Dans les faits, je ne me suis pas laissé le temps de réfléchir et de digérer tout ça. Du coup, cette révélation n’a eu que peu d’impact immédiat sur mon comportement vis à vis du sexe : j’ai plus facilement refusé des propositions de plans cul faites sur le site mais ça s’arrête là. Ça ne m’a pas empêchée de coucher avec un mec que j’avais rencontré seulement quelques heures auparavant uniquement parce qu’il me l’a demandé, sans en avoir vraiment envie de mon côté. Ça ne m’a pas empêchée de répéter ce vieux schéma que je connais si bien : « Il en a envie alors OK. On va dire que moi aussi…… Voyons ce que ça donne, je prendrai du plaisir de toute façon, c’est toujours ça de gagné ! ». Sauf que je n’ai pas vraiment pris de plaisir. Je n’étais même pas à l’aise…… J’ai préféré (me) le cacher. Et il a fallu que je me justifie de ne pas avoir joui.

Ça été plus problématique avec mon ex que j’avais rencontré pour la première fois avant celui dont je parle juste au-dessus mais avec qui j’ai entamé une relation peu après cet épisode. Je me suis plus ou moins oubliée pour lui parce que je voulais lui faire plaisir et parce que je ne savais pas ce que je voulais moi. Je ne l’ai jamais su. Et il a aussi fallu que je me justifie de ne pas jouir.

Pour reprendre du début, j’ai eu ma première relation sexuelle assez tardivement, à la vingtaine passée. Jusque là, j’ai entendu beaucoup de monde me dire de profiter de ma virginité parce qu’il n’y avait rien de plus horrible que le manque de sexe. Oui, il y avait de l’emphase dans leurs propos.

J’ai donc pris beaucoup de soin à multiplier les plans cul juste après cette première relation (quitte à me retrouver dans des situations glauques et à échapper de justesse à un viol (ou pas……)) pour justement ne jamais vivre ce moment « horrible ».

Et j’ai souvent pris du plaisir. Du moins au début, avec certains amants. Sans jamais arriver à l’orgasme certes mais c’était suffisant pour moi. Ça l’était vraiment.

C’est après une énième situation glauque que j’ai freiné cette course au sexe qui parfois me faisait du mal. Et j’ai rapidement réalisé que je ne ressentais pas ce manque dont mon entourage m’avait rebattu les oreilles. J’ai d’abord mis ça sur le compte d’un manque de libido dû aux mauvaises expériences que je venais de vivre. Mais cette absence d’envie a duré des semaines, des mois, des années. Alors j’ai cru que j’avais un problème. Et pour le cacher, je couchais quand je pouvais. Pas souvent cependant. Moins que je m’étais persuadée de le vouloir. Toujours pour être « normale » : je devais avoir, « comme tout le monde », une vie sexuelle active et épanouie et bien entendu, ponctuée d’orgasmes de plus en plus faciles à obtenir avec la pratique.

Je me décrivais comme une personne aimant le sexe mais pouvant facilement m’en passer, même si je me plaignais –– pour le principe –– de n’avoir à peu près qu’un amant par an ou par paire d’années. Mais j’omettais toujours de dire que je ne ressens jamais d’attirance physique pour quiconque, que je ne suis jamais excitée, que je n’avais jamais vraiment envie de sexe, que je préférais de loin la masturbation, que je ne m’intéressais qu’à ceux qui s’intéressaient à moi et le montraient clairement. Je me mentais à moi-même, globalement en me cachant derrière ma timidité. J’avais honte de moi, honte de ne pas avoir cette vie sexuelle idéale ou au moins « normale ».

Et à chaque affirmation selon laquelle l’absence de sexe dans une vie rendait malheureux-se me blessait. Je me sentais mise à l’écart avec ma « particularité ». J’étais bien sans sexe quand même ! Et ça me confirmait à chaque fois que j’avais un problème à régler. Cependant, ce n’était pas l’absence de sexe qui me rendait triste, c’était le fait que pour le monde entier, c’est quelque chose ayant une importance capitale, alors que pour moi, ce n’était pas aussi simple. Oui, c’est parfois agréable. Oui, c’est génial de partager un moment de plaisir avec quelqu’un (à condition qu’il y en ait et surtout qu’il soit partagé……). Mais non, ce n’est pas indispensable pour tout le monde et non, tout le monde ne devient pas « fou » à cause d’un hypothétique manque de cul !

Je me sentais seule. J’avais l’impression de ne pas exister. Je me disais que personne ne me comprendrait vraiment. Que l’on se contenterait de me plaindre, de m’’envier ou de me féliciter pour ma « patience », de ne pas me croire, de ne pas me prendre au sérieux voire de me mépriser. Et je maudissais au fond de moi cette absence totale de désir envers autrui, ce que je croyais être seulement dû à ma grande timidité (ou plutôt à mon anxiété sociale pour utiliser les bons termes).

Au fil du temps, mes relations sexuelles étaient de moins en moins agréables, de moins en moins intéressantes et j’ai fini par avoir l’impression d’avoir fait le tour de la question. Et je m’enfonçais pourtant dans le déni. Je disais encore aimer le sexe alors que ça ne me faisait plus rien ou presque…… en fait si, ça me faisait quelque chose : mal. Très mal parfois. Du moins avec une capote. De plus, mes exigences avaient évolué et que j’en avais assez de ne me plier qu’aux exigences de ces messieurs parce que je n’en avais aucune jusque là. Et pourtant, je continuais à coucher pour LEUR faire plaisir avant tout, pensant me faire plaisir à moi. Et ironiquement, c’est encore plus vrai avec mes derniers amants ! Je m’en rends compte maintenant que je l’écris……

Alors, depuis que mon dernier ex m’a quittée, je m’interroge, je réfléchis, je me cherche. Je me sens encore usurpatrice parfois mais j’avance, je me répare, je me reconstruis, et surtout, je m’écoute.
Et maintenant, je sais qui je suis.
Je suis asexuelle et je suis normale.

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Une réponse

  1. être « assexuel » n’est pas une anormalité en soi. le désir, la frustration tout comme la colère ou la tristesse nous sont propres et nous caractérise. Il y a eu un très bon article dans « causette » à ce sujet. merci de transmettre à votre correspondante ce petit message d’encouragement

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